Notre conscience
Ma conscience de gauche à moi, c'est Robert Badinter.
J'aime son recul par rapport aux urgences de la politique, son humanité, sa droiture intellectuelle, son respect de l'autre. Bien sûr, je n'ai pas en toutes circonstances approuvé ses déclarations, mais quand il s'agit de Justice, depuis l'abolition de la peine de mort, je ne peux qu'acquiescer à son discours.
Témoin l'interview qu'il vient de donner à lemonde.fr, que tu peux trouver là.
Quelques morceaux choisis :
"Rien n'est plus émouvant que le malheur des victimes du crime. Le ressort le plus assuré de popularité est pour un politique de proclamer hautement qu'il est du côté des victimes. Ce qui sous-entend que ses adversaires, eux, sont du côté des criminels : j'ai entendu ce refrain tout au long de la lutte pour l'abolition de la peine de mort, et à chaque fois que je défendais des principes fondamentaux de l'Etat de droit."
"Mais je le dis fermement : la souffrance et le malheur des victimes ne sauraient devenir un fonds de commerce politique, pas plus que le procès pénal ne peut être l'instrument (très aléatoire) de leur deuil."
"Réunir dans le même indice global le meurtre de vieilles dames ou la consommation du cannabis est une aberration qui ouvre la voie à toutes les manipulations. Il suffit en effet de modifier le mode d'enregistrement des faits criminels ou délictueux, de les pénaliser ou non pour changer les statistiques. Sans doute des améliorations ont été apportées dans ce domaine, mais on entend toujours les responsables politiques se féliciter de la baisse de "la" délinquance, alors que si le nombre de voitures volées diminue grâce à l'amélioration des techniques de sécurité, au même moment, le nombre de personnes victimes d'agressions physiques s'accroît sensiblement. Et comment réunir dans une même appréciation globale le vol de portables avec les agressions de convoyeurs de fonds réalisées par des commandos ?"
"Ce que nous reprochons à la politique de M. Sarkozy, c'est moins son échec relatif dans un domaine où l'action est difficile que l'arrogance et le triomphalisme d'un discours que rien ne justifie. La lutte contre les criminels et les délinquants aux multiples visages est une question trop complexe pour se satisfaire de proclamations, de slogans, de postures."
Tout est dit. Merci.