Quelques madeleines pour vous
Le tag des madeleines a atterri sur mon blog, et bien sûr, parler musique et de mes coups de cœur ne pouvait pas me laisser indifférent. Alors je m’y colle avec beaucoup de plaisir.
1. Mon premier coup de cœur date de mes jeunes années, à Berlin. J’en ai souvent parlé, j’ai un père pianiste qui a hésité dans sa jeunesse à épouser la carrière. Et tous les dimanches après-midi, à l’heure où certaines familles jouaient aux cartes, nous étions les six enfants réunis autour de ma mère, et au pied du piano. Et mon père jouait ce qu’il a toujours aimé, la musique romantique, Liszt, Brahms, Chopin, Schumann, Schubert, Beethoven, mais aussi bien sûr Bach et Mozart. J’ai été élevé musicalement à la musique classique, jusqu’à mes dix ans environ, lorsque ma sœur et mon frère aînés ont commencé à ramener de la musique plus moderne. Au plus loin de mes souvenirs, il y aura donc une « Mazurka » de Chopin, par exemple.
2. Ma deuxième madeleine tient justement à l’arrivée de la musique folk et de la chanson dans la maison. J’avais une douzaine d’années, nous avions déménagé à Baden-Baden, je commençais à apprendre à jouer de la guitare. Mon frère aîné, plus âgé, nous avait fait découvrir les Beatles, Chuck Berry, Little Richard, Bob Dylan… Mais curieusement, de cette période de ma vie, je n’ai pas gardé en mémoire Elvis Presley ou The Rolling Stone, ce qui je pense à déterminé toute mon attirance ensuite pour la pop musique plus que le rock. Et plus tard, je jouerai toute cette musique à la guitare, lors de veillées aux scouts… Et puis, déjà, je m’endormais l’oreille collée au transistor, dans le lit superposé en haut, en écoutant Campus de Michel Lancelot sur Europe. Alors, de cette période, mon amour pour Dylan, et cette chanson « Don't Think Twice, It's Alright ».
3. Au même moment, une longue hospitalisation à l’hôpital militaire de Bühl. Une insuffisance cardiaque congénitale découverte à l’âge de 16 ans. Et dans le service de médecine générale, dirigé par un médecin colonel très efficace, un jeune de mon âge, à l’isolement, atteint d’une leucémie. Au dernier étage de l’hôpital, une petite salle de cinéma, avec deux séances par semaine. Et ce soir-là, je profite d’un moment de rémission pour embarquer mon jeune camarade voir « Help », des Beatles. Un grand moment, au milieu des bidasses bruyants mais enthousiastes.
De retour six mois plus tard dans le service pour une visite de contrôle, j’apprendrai que cet ami fugitif nous avait quitté…
4. Ma quatrième Madeleine date toujours de mes années guitare. J’ai bien sûr joué au coin du feu les « Jeux interdits », mais mon amour de la musique baroque et de Jean-Sébastien Bach m’avait poussé à découvrir les transcriptions des suites et partitas. En particulier, la « Bourrée en mi mineur » de la 1ère suite. J’aurais pu citer les Choros de Heitor Villa-Lobos, mais je dois avouer avoir eu du mal avec les doigtés. Et en cherchant à illustrer cette madeleine, je suis tombé sur cette interprétation au ukulélé, et là, je ne peux résister à vous le faire partager.
5. Août 1972, je quitte l’Allemagne pour m’installer en France, à l’âge de 18 ans. Mais auparavant, je retourne au printemps à Berlin, invité par l’aumônier militaire qui a succédé à mon père. Et par hasard, la fille de la famille m’entraîne au Palais des Sports voir un concert, une communion intense entre le plus grand groupe pop de l’époque, et une salle conquise, en majorité des babas, hippies, genèse des mouvements alternatifs et des Grünen. A l’époque, pour que Berlin ne meure pas de vieillesse, le gouvernement ouest-allemand a promulgué une loi exemptant de service militaire tous les jeunes hommes s’installant pour plusieurs années dans la ville. De là date le souffle nouveau et la créativité dans cette ville. Je ne pouvais trouver meilleur environnement pour cette musique. Et à cette époque, l’album de référence était « Ummaguma » le double vinyle avec la vache ;0) Et parmi ces morceaux de musique dite planante, « Careful With That Axe Eugene ».
6. Le début des années 70, c’est encore un des plus grands chocs musicaux, sans doute celui qui m’a fait aimer les voix, celles qui expriment la joie ou la souffrance, le plaisir ou la douleur. Et ce choc, ce fut la découverte de l’album Kosmic Blues de Janis Joplin, la plus blanche des chanteuses noires. D’elle j’aurais pu choisir « Try » ou « Maybe », mais celle qui me tire encore des larmes, quarante ans après, c’est toujours « Kosmic Blues ». Et aujourd’hui, je retrouve avec Izia Higelin cette pêche, cette voix, cette hargne, et je trouve ça beau, cette filiation-là.
7. Justement, en parlant d’Higelin, je ne pouvais pas passer à côté. Et comme Madeleine, ce bonhomme en vaut dix, en vaut cent. Alors que dire, si ce n’est que de BBH 75 à Amor Doloroso, j’ai du assister à 30 concerts du Monsieur, des concerts mémorables dont certains se finissaient vers 3 heures du matin, alors qu’ils avaient commencé à 21 heures. Je n’ai jamais retrouvé un homme qui s’abandonne autant devant son public, qui passe sincèrement du rire aux larmes, qui ait une telle empathie pour son public. J’ai en mémoire tous ces concerts, son prosélytisme pour faire découvrir la world music à l’époque où seuls quelques initiés connaissaient Fela Anikulapo Kuti ou Manu Dibngo. Et d’Higelin, j’ai aimé aussi sa première période, où il arpentait les petites scènes avec Areski et Brigitte Fontaine. De lui, j’aurais pu exhumer tant et tant de belles choses, mais j’ai choisi « Accordéon désaccordé », car j’aime cette période de lui, baladin un peu dandy, son côté pétillant et poulbot. Et de penser que le bonhomme a engendré Arthur H et Izia, et en dehors de sa famille les Ogres de Barback, les Hurlements de Léo, les Java, Yves Jamait et tant d’autres, chapeau l’artiste !
8. De ma jeunesse, je garde aussi la nostalgie de la musique folk, le revival à la française, la redécouverte des gavottes, des bourrées, de andro… J’étais plus attiré par la musique celtique, sans doute déjà en quête de ma Bretagne actuelle. En 1975, nous avons créé avec quelques potes le folk-club de Montpellier, je joue désormais du violon, avant de partir faire mon apprentissage de lutherie. Et j’enchaîne reels et jigs irlandais. J’ai également cette musique chevillée au corps. Alors, quand la famille Corr et les sublimes sœurs Sharon, Andrea et Caroline au tin whistle, violon et bohdran rencontrent les Chieftains, on sent comme une transmission de témoin. Et je pourrais passer des heures à taper du pied en écoutant cette musique. Quelques « Reels ».
9. Dans mes années 75, je découvre également la world music, et en premier lieu, à part Fela Kuti et le reggae de Bob Marley ou de Third World, les Touré Kunda, dite la famille éléphant, les trois frères Touré, sénégalais de Casamance. De là date sans doute mon amour immodéré pour la musique africaine et tous ces griots chanteurs, les Daby Touré, Ismaël Lo, Youssou’n Dour, Boubacar Troré, Mory Kanté, Salif Keita, et le si grand Ali Farka Touré. J’aime cette famille de conteurs africains, et je suis heureux et fier que ma petite Yaya ait du sang mauritanien coule dans ses veines, ma petite chocolatine. Et quoi de plus beau que cette chanson « E’mma », que je dédie évidemment à Emma. Très belle version live acoustique.
10. Enfin, pour terminer ma maturation musicale des années 70, je fais de la place dans ma discothèque pour le jazz, bien sûr. De cette époque date mon amour pour la musique de Keith Jarret, mais aussi l’attirance pour un jazz moins naturel, plus écrit, plus construit, plus cérébral. Par exemple, « Crystal silence », de Chick Corea.
Je m’aperçois que j’en suis resté à la fin des années 70.
Je préparerai peut-être un jour de nouvelle madeleines, car il me reste à explorer la chanson française, la musique classique encore, le jazz bien sûr, vocal, la fanfare et le jazz festif, le rock et le rap, le slam, bref, tout ce qui m’a fait grandir depuis ces années 70.
Mais si vous êtes impatients, vous trouverez dans les archives de ce blog plus de 200 pépites. A vous de vous en nourrir si vous le souhaitez.
1. Mon premier coup de cœur date de mes jeunes années, à Berlin. J’en ai souvent parlé, j’ai un père pianiste qui a hésité dans sa jeunesse à épouser la carrière. Et tous les dimanches après-midi, à l’heure où certaines familles jouaient aux cartes, nous étions les six enfants réunis autour de ma mère, et au pied du piano. Et mon père jouait ce qu’il a toujours aimé, la musique romantique, Liszt, Brahms, Chopin, Schumann, Schubert, Beethoven, mais aussi bien sûr Bach et Mozart. J’ai été élevé musicalement à la musique classique, jusqu’à mes dix ans environ, lorsque ma sœur et mon frère aînés ont commencé à ramener de la musique plus moderne. Au plus loin de mes souvenirs, il y aura donc une « Mazurka » de Chopin, par exemple.
2. Ma deuxième madeleine tient justement à l’arrivée de la musique folk et de la chanson dans la maison. J’avais une douzaine d’années, nous avions déménagé à Baden-Baden, je commençais à apprendre à jouer de la guitare. Mon frère aîné, plus âgé, nous avait fait découvrir les Beatles, Chuck Berry, Little Richard, Bob Dylan… Mais curieusement, de cette période de ma vie, je n’ai pas gardé en mémoire Elvis Presley ou The Rolling Stone, ce qui je pense à déterminé toute mon attirance ensuite pour la pop musique plus que le rock. Et plus tard, je jouerai toute cette musique à la guitare, lors de veillées aux scouts… Et puis, déjà, je m’endormais l’oreille collée au transistor, dans le lit superposé en haut, en écoutant Campus de Michel Lancelot sur Europe. Alors, de cette période, mon amour pour Dylan, et cette chanson « Don't Think Twice, It's Alright ».
3. Au même moment, une longue hospitalisation à l’hôpital militaire de Bühl. Une insuffisance cardiaque congénitale découverte à l’âge de 16 ans. Et dans le service de médecine générale, dirigé par un médecin colonel très efficace, un jeune de mon âge, à l’isolement, atteint d’une leucémie. Au dernier étage de l’hôpital, une petite salle de cinéma, avec deux séances par semaine. Et ce soir-là, je profite d’un moment de rémission pour embarquer mon jeune camarade voir « Help », des Beatles. Un grand moment, au milieu des bidasses bruyants mais enthousiastes.
De retour six mois plus tard dans le service pour une visite de contrôle, j’apprendrai que cet ami fugitif nous avait quitté…
4. Ma quatrième Madeleine date toujours de mes années guitare. J’ai bien sûr joué au coin du feu les « Jeux interdits », mais mon amour de la musique baroque et de Jean-Sébastien Bach m’avait poussé à découvrir les transcriptions des suites et partitas. En particulier, la « Bourrée en mi mineur » de la 1ère suite. J’aurais pu citer les Choros de Heitor Villa-Lobos, mais je dois avouer avoir eu du mal avec les doigtés. Et en cherchant à illustrer cette madeleine, je suis tombé sur cette interprétation au ukulélé, et là, je ne peux résister à vous le faire partager.
5. Août 1972, je quitte l’Allemagne pour m’installer en France, à l’âge de 18 ans. Mais auparavant, je retourne au printemps à Berlin, invité par l’aumônier militaire qui a succédé à mon père. Et par hasard, la fille de la famille m’entraîne au Palais des Sports voir un concert, une communion intense entre le plus grand groupe pop de l’époque, et une salle conquise, en majorité des babas, hippies, genèse des mouvements alternatifs et des Grünen. A l’époque, pour que Berlin ne meure pas de vieillesse, le gouvernement ouest-allemand a promulgué une loi exemptant de service militaire tous les jeunes hommes s’installant pour plusieurs années dans la ville. De là date le souffle nouveau et la créativité dans cette ville. Je ne pouvais trouver meilleur environnement pour cette musique. Et à cette époque, l’album de référence était « Ummaguma » le double vinyle avec la vache ;0) Et parmi ces morceaux de musique dite planante, « Careful With That Axe Eugene ».
6. Le début des années 70, c’est encore un des plus grands chocs musicaux, sans doute celui qui m’a fait aimer les voix, celles qui expriment la joie ou la souffrance, le plaisir ou la douleur. Et ce choc, ce fut la découverte de l’album Kosmic Blues de Janis Joplin, la plus blanche des chanteuses noires. D’elle j’aurais pu choisir « Try » ou « Maybe », mais celle qui me tire encore des larmes, quarante ans après, c’est toujours « Kosmic Blues ». Et aujourd’hui, je retrouve avec Izia Higelin cette pêche, cette voix, cette hargne, et je trouve ça beau, cette filiation-là.
7. Justement, en parlant d’Higelin, je ne pouvais pas passer à côté. Et comme Madeleine, ce bonhomme en vaut dix, en vaut cent. Alors que dire, si ce n’est que de BBH 75 à Amor Doloroso, j’ai du assister à 30 concerts du Monsieur, des concerts mémorables dont certains se finissaient vers 3 heures du matin, alors qu’ils avaient commencé à 21 heures. Je n’ai jamais retrouvé un homme qui s’abandonne autant devant son public, qui passe sincèrement du rire aux larmes, qui ait une telle empathie pour son public. J’ai en mémoire tous ces concerts, son prosélytisme pour faire découvrir la world music à l’époque où seuls quelques initiés connaissaient Fela Anikulapo Kuti ou Manu Dibngo. Et d’Higelin, j’ai aimé aussi sa première période, où il arpentait les petites scènes avec Areski et Brigitte Fontaine. De lui, j’aurais pu exhumer tant et tant de belles choses, mais j’ai choisi « Accordéon désaccordé », car j’aime cette période de lui, baladin un peu dandy, son côté pétillant et poulbot. Et de penser que le bonhomme a engendré Arthur H et Izia, et en dehors de sa famille les Ogres de Barback, les Hurlements de Léo, les Java, Yves Jamait et tant d’autres, chapeau l’artiste !
8. De ma jeunesse, je garde aussi la nostalgie de la musique folk, le revival à la française, la redécouverte des gavottes, des bourrées, de andro… J’étais plus attiré par la musique celtique, sans doute déjà en quête de ma Bretagne actuelle. En 1975, nous avons créé avec quelques potes le folk-club de Montpellier, je joue désormais du violon, avant de partir faire mon apprentissage de lutherie. Et j’enchaîne reels et jigs irlandais. J’ai également cette musique chevillée au corps. Alors, quand la famille Corr et les sublimes sœurs Sharon, Andrea et Caroline au tin whistle, violon et bohdran rencontrent les Chieftains, on sent comme une transmission de témoin. Et je pourrais passer des heures à taper du pied en écoutant cette musique. Quelques « Reels ».
9. Dans mes années 75, je découvre également la world music, et en premier lieu, à part Fela Kuti et le reggae de Bob Marley ou de Third World, les Touré Kunda, dite la famille éléphant, les trois frères Touré, sénégalais de Casamance. De là date sans doute mon amour immodéré pour la musique africaine et tous ces griots chanteurs, les Daby Touré, Ismaël Lo, Youssou’n Dour, Boubacar Troré, Mory Kanté, Salif Keita, et le si grand Ali Farka Touré. J’aime cette famille de conteurs africains, et je suis heureux et fier que ma petite Yaya ait du sang mauritanien coule dans ses veines, ma petite chocolatine. Et quoi de plus beau que cette chanson « E’mma », que je dédie évidemment à Emma. Très belle version live acoustique.
10. Enfin, pour terminer ma maturation musicale des années 70, je fais de la place dans ma discothèque pour le jazz, bien sûr. De cette époque date mon amour pour la musique de Keith Jarret, mais aussi l’attirance pour un jazz moins naturel, plus écrit, plus construit, plus cérébral. Par exemple, « Crystal silence », de Chick Corea.
Je m’aperçois que j’en suis resté à la fin des années 70.
Je préparerai peut-être un jour de nouvelle madeleines, car il me reste à explorer la chanson française, la musique classique encore, le jazz bien sûr, vocal, la fanfare et le jazz festif, le rock et le rap, le slam, bref, tout ce qui m’a fait grandir depuis ces années 70.
Mais si vous êtes impatients, vous trouverez dans les archives de ce blog plus de 200 pépites. A vous de vous en nourrir si vous le souhaitez.
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