Roux le bandit

Publié le par Philémon

Je l'ai connu à mon arrivée en Cévennes, j'ai appris son histoire bien plus tard.
Cet homme, qui avait presque 80 ans, m'a toujours intrigué. D'une démarche féline, il surgissait sans qu'on l'entende arriver. J'avais un chien à cette époque qui était surpris également. Faut dire qu'il ne faisait craquer aucune branche ou brindille, qu'il ne faisait rouler aucune pierre, et qu'il s'arrangeait pour apparaître sous le vent, pour que les chiens ne le sentent pas.

Il vivait dans une maison un peu excentrée, avec sa femme qui ne sortait plus. De santé fragile, elle était un jour tombée inaimée dans l'âtre. Depuis ce jour, il ne la quittait guère.

Ce fut deux ou trois années plus tard que j'appris ce qu'avait été la vie de cet homme. J'avais rencontré lors d'une veillée une femme un peu vulgaire, sa belle-fille, une doryphore, comme l'on dit en Cévennes, c'est à dire une Nîmoise qui réapparaissait tous les étés, comme les doryphores sur les feuiilles de pommes de terre. Et ce soir-là, elle s'est plainte qu'à cause de son beau-père, sur lequel André Chanson, l'écrivain académicien cévenol avait écrit une biographie romancée, son fils ne pourrait peut-être pas entrer dans la gendarmerie.

Roux était un fier payson des Cévennes, très croyant et comme souvent les protestants de ces montagnes, épris de liberté et d'humanité. Mobilisable en 1917, il refusa de rejoindre son régiment, et fut le premier insoumis français, bien avant que Louis Lecoin arrache le statut d'objecteur de conscience au du Général de Gaulle, après une longue grève de la faim.

Roux se réfugia donc dans les montagnes, vivant de nourriture que les paysans laissaient sur le rebord des fenêtres, la nuit. Le jour, il se cachait dans les rochers, sur les crêtes, à l'endroit même où 25 ans plus tard les maquisards se réfugieront également, comme le décrit si bien Jean-Claude Chabrol dans son roman Un homme de trop.

De cette période du maquis datait son aptitude à approcher les maisons sans que les chiens n'aboient, à force de discrétion. Un vrai chat...

Il s'est dit qu'un jour, sur le pont qui enjambe le Gardon à Sainte-Croix-Vallée-Française, il se trouva pris entre le feu de la maréchaussée et des gardes mobiles, et ne dut son salut qu'en plongeant dans la rivière.

Il fut pris sur une dénonciation, envoyé au bagne. Puis assigné à résidence, il dut pointer à la gendarmerie de Saint-Germain-de-Calberte toutes les semaines pendant 20 ans.

Un bien bel homme, un grand humaniste. Il s'appelait Roux, on le surnomma à tort le bandit.

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J
J'ai habité St Martin de Lansuscle dans les années 1973/1974. J'avais alors 25 ans, et je travaillais dans une petite scierie entre le Mazel-Rosade et le Gibertin (route entre St Martin de<br /> Lansuscle et St Germain de Calberte), à laquelle je me rendais en mobylette... Il m'arrivait ainsi de croiser Monsieur Roux assez souvent (il était déjà âgé de 80 ans environ). Je m'arrêtais, et on<br /> discutait un peu, mais sans jamais évoquer le passé et la guerre de 1914/1918... Il était curieux de savoir qui j'étais, ce que je faisais, etc...<br /> <br /> Sa "légende", qui m'a été rapportée par les habitants des lieux, a peu de choses à voir avec le livre très romancé d'André Chamson !<br /> <br /> Ce qui se disait (entre-autre rapporté par la famille Plagnes de St Martin, ainsi que par les habitants du château du Gibertin), c'est que Roux le Bandit savait tout faire de ses mains. Déserteur,<br /> il se cachait le jour et vivait de "rapines" auxquelles les habitants donnaient la main : ainsi le boulanger, qui "oubliait" une miche de pain toute chaude sur l'appui de fenêtre du fournil, à<br /> l'heure avant l'aube, à laquelle Roux le Bandit avait coutume de passer...<br /> <br /> Il se disait aussi que Roux le Bandit faisait, parfois la nuit, le travail que les femmes restées seules à la ferme, n'avaient pu faire pendant la journée...<br /> <br /> Je n'en sais pas plus... Et les Vieux qui m'ont rapporté l'histoire sont tous morts...
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P
<br /> <br /> J'ai les mêmes sources que vous, sans aucun doute.<br /> Je les tiens d'Hilda, de Felguerines, ma voisine. <br /> <br /> <br /> <br />
L
Pas du tout.
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G
ayant vecu a cote de votre grand père je peut vous donner de vrai renseignements
L
Bonjour,<br /> <br /> Qui êtes vous pour parler de mon arrière grand-père?<br /> Une belle fille, mais qui donc?<br /> <br /> Je ne suis pas si sûre que vous l'ayez connu...<br /> <br /> Laetitia Lechapt
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P
<br /> <br /> Je vous ai déjà répondu en mai 2009, je crois.<br /> <br /> <br /> <br />
L
Bonjour,<br /> <br /> Je suis surpris de vos commentaires, je suis l'arrière petite fille d'alfred roux et jamais ma grand mere m'a mentionné qu'il vivait avec sa femme !<br /> Et encore moins qu'il venait aux fenetres chercher de la nourriture !<br /> <br /> Cdt
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P
<br /> C'est ce que j'ai appris lors de nombreuses veillées au Mazel Rosade, et par l'intermédiaire de voisins et voisines de la Vallée de Saint-Martin de Lansuscle.<br /> Une tradition orale que j'ai simplement rapportée, peut-être enjolivée ?<br /> Mais j'ai croisé quelques fois votre arrière-grand-père dans le gardon, ou en bas de l'Elzière.<br /> <br /> <br />