La ville
« Les villes comme les rêves sont faites de désirs et de peurs, même si le fil de leur discours est secret, leurs règles absurdes, leurs perspectives trompeuses ; et toute chose en cache une autre. […] Son secret est dans la façon dont la vue court sur des figures qui se suivent comme dans une partition musicale, où l’on ne peut modifier ou déplacer aucune note. »
« Il existe dans les villes une architecture visible porteuse d'une mémoire "plastique" et identifiable en tant que telle, marquée par le temps, les guerres, les changements. Ce sont toutes les infrastructures qui la caractérisent. Il existe aussi dans les villes une architecture invisible, masquée par les parcours individuels des hommes qui l'ont traversée. À une mémoire collective se mêlent des souvenirs personnels qui la modifient. Car les hommes qui vivent dans les villes sont porteurs de l'une et l'autre mémoire. En somme, ils inscrivent à travers leur parcours quotidien des signes invisibles qui finissent par modifier physiquement l'architecture de la ville elle-même. C'est par le regard qu'ils posent sur elle que la ville peu à peu se transforme et se construit. »
Je crois qu'Italo Calvino résume parfaitement mon sentiment que la ville n'est aussi que ce que l'on y voit, et la manière dont on l'appréhende.
Et j'ai toujours trouvé, depuis une vingtaine d'années où j'ai lu ce livre, une forte communion dans le description d'Ersilie, dans les Villes Invisibles du même auteur, avec notre société de communication, et ce besoin à la fois de virtualité, mais aussi de réalité, de "marquage" de sa fratrie.
« A Ersilie, pour établir les rapports qui régissent la vie de la ville, les habitants tendent des fils qui joignent les angles des maisons, blancs, ou noirs, ou gris, ou blancs et noirs, selon qu’ils signalent des relations de parenté, d’échange, d’autorité, de délégation. Quand les fils sont devenus tellement nombreux qu’on ne peut plus passer au travers, les habitants s’en vont : les maisons sont démontées, il ne reste plus que les fils et leurs supports (…) Ils réédifient Ersilie ailleurs. »
Nous sommes tous des habitants d'Ersilie, nous avons besoin de tisser des fils entre nous.