J'n'avais pas encore 18 ans...
Aujourd’hui, un peu d’ethnologie musicale…
Il y a un siècle, je te parle encore des années Pompidou, tu sais, de celles où la vie était belle, où on avait le temps de foutre le bordel dans les rues parce que du boulot, y en avait, et que même s’ils étaient tous pourris en haut de l’échelle, il restait suffisamment d’argent pour en redistribuer après qu’ils se soient gavés. Donc en cette année-là, 1972, Giscard n’avait pas encore fait croire qu’il incarnait la fausse modernité, je quittai définitivement l’Allemagne pour m’installer à Montpellier. Et pendant mes vacances cévenoles, je croisai Marie, la fille d’un collègue pasteur de mon père, qui avait également une villégiature en Cévennes. Marie était, elle est toujours, belle comme un cœur, affranchie, moderne, pleine de vie, et moi je suis si fier d’être son « indien » comme elle dit. Elle a 25 ans, moi 18, je suis platoniquement amoureux d’elle. Nous décidons de partir en stop pour Avignon, afin de profiter un peu du Festival.
De Festival, désargentés comme nous le sommes, nous ne profiterons que du off, et surtout des rencontres aux terrasses de café avec des comédiens et des musiciens. Et le jour de notre arrivée, nous croisons, François « Faton » Cahen et Jannick Top, la pianiste et le bassiste du groupe Magma.
Ce sera le début d’une semaine rythmée aux sons et à la présence scénique de Christian Vander, le leader et fondateur, batteur et chanteur, qui estimant que depuis la mort de John Coltrane il n’était plus possible de faire du jazz, a créé un univers sonore mariant Stravinski, le rock, le jazz, la musique classique. Christian Vander crée une langue également pour chanter ses compositions, le kobaïen, et il s’entoure d’un chœur et d’un chanteur basque Klaus Blasquiz.
Dans la veine musicale de Magma, on trouve également à l’époque Soft Machine, Gong, Mahavishnu Orchestra, Henri Cow…, autant de défricheurs d’une musique qui se veut totalement libérée des étiquettes.
Je me suis plongé avec allégresse six soirs de suite dans cette musique, en la redécouvrant à chaque concert, et dans cet opéra-rock : Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh.
Alors, quand tout à l’heure je suis tombé par hasard sur ces vidéos sur YouTube, je suis remonté à la fin de mes années lycées, ma Marie au bras dans les rues d’Avignon, mes tenues babas et mes cheveux aux épaules. Innocent et insouciant…
Et pour la route, une deuxième, avec un Didier Lockwood absolument sublime, et un Bernard Paganotti souverain.