Philémon travaille ... enfin presque
Aujourd’hui, acte I des mes confessions : Philémon travaille.
Il y a très longtemps, quand je pensais ouvrir un blog, et que je n’avais encore été saoulé lamentablement par une bande de monomaniaques sans scrupules qui n’avaient qu’en tête de me faire signer un aller sans retour dans la bloggosphère (j’ai des noms, d’ailleurs certains ont signé leur forfait, on peut les suivre à la trace !), donc il y a très longtemps, je pensais que ce serait bien de raconter ma vie trépidante et riche, pis là, maintenant, ben j’avoue que c’est achetement pas facile. Mais bon, j’ai signé sous la contrainte peut-être, mais j’ai signé. Donc on y va.
Si, si, enfin pas trop en ce moment, mais Philémon sait travailler, et il l’a maintes fois prouvé.
Donc, ami lecteur, je te situe l’action. Nous sommes dans les années 80 – 90, tiens, pile poil au milieu on va dire. Je te fais grâce de ce qui s’est passé avant, c’est un autre roman dont j’ouvrirai les pages une autre fois.
Je suis encore jeune, plein d’allant et d’entrain, et lorsque je décide de faire un vrai travail (comprend un travail qui fait gagner des sous parce qu’on ne peut pas rester famélique avec trois enfants pleurnichant de faim pendu à tes basques), je fais une étude marketing très poussée pour savoir quel secteur va se développer. La mine et le charbon, oublie, l’automobile, pas mon truc, la couture et le tricot, pas non plus, alors je découvre émerveillé le monde des services. Et je me dis : « Voilà ton eldorado, Philémon ! ». Oui car je me parle souvent pour m’encourager.
Donc je cours vers le monde idyllique des services, et là on me dit : quels services ? Services aux entreprises, of course. Je reprends mon cartable en carton bouilli (le cuir, ce sera pour après, quand je serai Directeur), je retourne un peu à l’école, un peu dans les entreprises, et je sors un jour de l’école avec le titre ronflant de « manager des systèmes d’information ». Quand tu as ça, tu sais rien, enfin pas grand-chose. Et n’oublie pas que mes trois enfants meurent toujours de faim ! Et c’est là que j’ai la révélation divine : « Cher Philémon, tu ne sais rien, enfin pas grand-chose, tu seras donc consultant ! ». Et voilà, la messe était dite, ce qui est un comble pour un fils de Pasteur.
Je devins donc consultant, et à force de consulter, je rencontrai GG, alias Grand Gourou, voire Grande Gueule, et présentement Grand Guignol.
Sous son aile protectrice, depuis maintenant 11 ans, je mouille le maillot, je développe son entreprise, je suis son bras droit, puis son bras gauche, et enfin son bras cassé. Car il faut savoir une chose, ami lecteur qui ignore peut-être les belles réalités du monde des consultants, on y brûle aussi vite ce qu’on a adoré. Surtout quand avec l’âge les cheveux raccourcissent, et l’embonpoint gagne, et qu’on commence à fouler les tapis épais des coulisses du pouvoir. Car pour te dire, il y a des milliers de consultants, et moi, j’œuvre dans le monde des collectivités locales. Et tout élu de terrain qui grandit se doit de devenir député ou sénateur, puis enfin ministre, parfois même président. Alors ça monte à la tête, souvent, et voilà comment Grand Gourou est devenu Grand Guignol.
Donc un jour, GG me demande dans son bureau pour me dire : « Philémon, je ne sais plus quoi faire de toi. Le mieux, c’est que tu partes. Voilà le téléphone de mon avocat pour que le tien se mette en relation avec lui, ils préparent un protocole, et à mon retour de vacances, on finalise ».
Car je dois te dire également qu’un patron de cette (nouvelle) envergure doit savoir trancher vite. Et que si ça peut être fait dans la semaine (nous sommes dans un monde qui bouge si vite), et que de surcroît cette semaine est celle de ses vacances, alors on fonce !
Donc le Philémon prend acte de sa disgrâce, appelle son avocat qui appelle l’avocat de GC (oui, à ce stade du récit, je prends la liberté de supprimer la barre du G pour en faire un C, ça colle mieux à la réalité). Et là, psychodrame, trépignements, et exécution sommaire du consultant devenu chef de projet puis directeur de clientèle sous la houlette du chef suprême : mise à pied sans indemnités. Je ne te souhaite jamais, ami, de connaître cette sensation douloureuse d’arriver en sifflotant de bonheur le matin à 9 heures, et de te voir à 9 h 30 sur le trottoir, en ayant rendu ton PC portable, ton téléphone, les clés du bureau, bref ta dignité.
Mais que s’est-il passé, te demandes-tu dans un grand élan de compassion, pour que le si gentil Philémon soit devenu l’objet d’un tel ostracisme ? Rien, si ce n’est le crime de lèse-majesté ultime : tu réclames des indemnités de départ !
Ben oui, benêt et innocent que tu es, Philémon. Tu as un âge dont toutes les gazettes parlent, puisqu’il parait qu’on ne travaille pas assez à cet âge-là, pire, y en aurait même qui seraient presqu’à la retraite, t’imagines ? Tu travailles avec GC depuis 11 ans, tu es le premier arrivé dans la société, et depuis 13 autres sont arrivés. Grâce à qui ? Un peu à ton travail de bête de somme, penses-tu ? Idiot que tu es, tu sais bien que tu n’es pour rien dans le développement de la boîte, voyons, d’ailleurs, regarde ta feuille de paie, ça fait 6 ans qu’elle n’a pas bougé, et tous les petits jeunes qui sont arrivés après t’ont tous dépassés, c’est bien la preuve que tu ne vaux rien ! Donc tu penses benoîtement que ton départ a un coût, et que ce coût a valeur de reconnaissance pour toi. Et bien non, on va te chercher des poux dans la tonsure, et c’est pas simple, parce que le Philémon a plutôt une tignasse drue et les cheveux longs. On va exhumer deux trois saloperies sur toi, ça mange pas de pain, ça, tiens, on va faire bavasser tes collègues qui courbent l’échine car ils sont trop contents de pas avoir été visé par le missile, et on dit : « Faute grave, licenciement sans indemnités, casse-toi connard ».
Voilà donc l’histoire édifiante de Philémon, qui vient de retrouver sa liberté, un grand bol d’oxygène et un tempérament de saigneur (non, j’ai pas écris seigneur, restons modeste).
Alors demain, je renfile mon costume qui me va si bien, je me délooke Philémon lunaire pour me relooker Directeur Commercial Collectivités Locales, et je file aux aurores m’entretenir d’un nouveau rebond dans ma vie professionnelle si riche (en événements, pas en pépète, rassure-toi).
A suivre donc…