Ceux qui partent

Publié le par Philémon

Aujourd'hui, je poste un commentaire rédigé il y a quelques temps sur le blog de Pakita. Pas très gai, quoique... Mais il convient bien à cette journée un peu grise.

 

Je ne sais pas si le départ d’un être cher est porteur de sens pour ceux qui restent. Je n’ai rien appris de la mort de mes deux sœurs ou de ma belle-sœur, sinon que le malheureux est celui qui reste, pas celui qui part, et que cette souffrance est parfois égoïste.

Et de les avoir vu souffrir si longtemps toutes les trois avec tant de dignité, tant de pudeur, tant de forces, alors même que certains dans leur entourage étaient effondrés en pensant à leur solitude à venir, ça m’a donné une grande leçon de vie.

Je suis très partagé face à la mort, parce que je n’arrive pas à souffrir de l’absence des autres, je n’ai jamais gardé, autre peut-être qu’une photo, un cadeau qu’elles m’avaient offert, des preuves tangibles de leur passage si longtemps auprès de moi.

Mais j’ai intacts dans ma mémoire des moments de vie, ma sœur aîné me gardant dans sa chambre pendant ma grave maladie d’enfance (elle avait douze ans, ma petite mère), la fratrie soudée de manière inoubliable au point que lorsqu’on se retrouve les quatre restants, on sait que les deux autres sont encore là près de nous.

Et je sais ce qu’elles m’ont appris, pas nécessairement l’urgence de vivre et de ne pas perdre de temps. Ma sœur aînée, avant de partir, nous a envoyé à tous une lettre pour nous remercier de notre sollicitude, en nous demandant de prier et de penser à elle. Sa lettre commençait ainsi : « C’est maintenant que je suis clouée au fond de ce lit que j’ai l’impression de me mettre en mouvement ». Cette phrase m’accompagnera toujours.

Je crois qu’on est profondément seul dans cette épreuve, et que notre réaction sera à l’aune de notre personnalité. Je ne suis pas pressé de mourir, mais je n’en ai pas peur. Et surtout, je voudrais que mes enfants et ceux qui m’aiment n’aient aucun regret pour mon départ et que ce ne soit pas une souffrance pour eux, car l'amour et le bonheur auront été échangés auparavant, le dialogue aussi, et qu'il ne restera pas des non-dits, des souffrances qui seront insurmontables lorsque l'un d'entre nous sera parti.

Le départ d’un être cher n’est pas une fin, la vie continue et elle continue également avec les absents, sans qu’ils prennent une place qu’ils ne doivent pas avoir, la première.

J’ai en tête les vers d’une magnifique chanson d’Agnès Bihl : « Elle avait si peu de mémoire et tant de souvenirs ».

J’ai tant de souvenirs…

Publié dans Recyclage

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Didier 02/02/2011 11:08


Chacun ressent la mort d'un proche comme il le peut, j'ai envie de dire que j'ai un certain détachement par rapport à la mort, il y a multitude de départ, brutale ou longue et pénible.
Dans ce dernier cas, c'est toute la souffrance de l'autre qui est le plus éprouvant pour moi, et quand il meurt, je met mon chagrin et ma peine dans ce qui est le plus intime en moi, et finalement
ce n'est pas de la tristesse, de l'amour je dirais.


Philémon 02/02/2011 22:40



Quand on accompagne ceux qui nous quittent, ça ne peut être que de l'amour...



marie 31/01/2011 16:51


cette lecture me donne matière à réfléchir alors que j'accompagne ma meilleure amie jusqu'à la fin du chemin....je t'embrasse l'arpi


Philémon 31/01/2011 21:40



Content de te retrouver ici, Marie. Si j'ai pu t'aider dans ce moment difficile...


Ca fait longtemps, va falloir remédier à ça.


Bises et à très bientôt.



Chriss 28/01/2011 17:54


Chacun réagit comme il peut face à la mort d'un proche, qu'elle soit attendue ou soudaine. C'est tellement personnel et aussi changeant au fil du temps. Le départ de ses êtres chers nous rappelle
que nous aussi, nous sommes mortels et qu'un jour nous redeviendrons poussière.
Amélie, tendres pensées pour la petite qui vient de s'envoler. Gros bisous


Philémon 30/01/2011 00:08



C'est une chose qu'on apprend pas, mais qu'on vit, avec tout ce qui est en nous...



amélie 28/01/2011 14:30


plein de belles paroles sages qui me mettent, permettez moi un peu en colère...
les bons sentiments, l'acceptation blabla ca va quand on a eu le temps de se faire à l'idée que la personne va partir ( maladie) ca va aussi quand la personne a eu une vie bien remplie....
Mais tout ca , ca devient du vent façe à notre petite Jeanne qui du haut de ses 3 ans est partie...


Philémon 30/01/2011 00:04



Je sais que ce départ vous a profondément choqué.


Mais chacun prend la mort comme il peut. J'évoque juste ce que je ressens...



pierrot 28/01/2011 13:20


ce texte me fait beaucoup de bien, venant de perdre mon frère de coeur...


Philémon 29/01/2011 15:04



Tant mieux :D