La galère

Publié le par Philémon

Un article trouvé sur lemonde.fr, et relayé par mes amies les Soeurs Pétards, dont le blog devrait être déclaré d'utilité publique ! Je vous le livre in-extenso.

Y a tout simplement du boulot, mettre les mains dans le cambouis au lieu de gloser éternellement sur l'Identité Nationale pour masquer les cruelles carences du Gouvernement...


"Prof éphémère", ou la grande galère d'une remplaçante en banlieue

Pas simple de gérer sa classe lorsqu'on est une "prof de passage". Véronique Pot a 29 ans. Elle enseigne le français. C'est sa cinquième année de remplacement. Témoignage de sa dernière mission.


Après la Toussaint, me voilà dans le Val-d'Oise. Lundi, mes élèves de 4e rentrent au compte-gouttes. Certains arrivent par grappes, en se catapultant contre la porte d'entrée de la salle de classe, qui s'ouvre sous le choc. Ils jettent leur sac, changent deux ou trois fois de place. Continuent à parler comme si je n'existais pas. Ne daignent pas sortir feuille, ou stylo. Un élève cherche à rouler une pelle ("embrasser" serait un terme inapproprié) à sa copine du moment, fait semblant d'être étonné que je lui demande des comptes. Un autre petit couple se tripote assidûment sous la table.

Une gueulante. Les élèves s'assoient, mais n'arrêtent pas de s'interpeller. Une élève remarque mon désarroi et sourit à pleines dents "Elle va chialer !" Comme je rétorque vertement, ce n'est pas (encore) la curée.


En sortant, je dois avoir l'air hagard car un élève de la classe me dit : "Vous inquiétez pas, madame, ils sont comme ça avec tout le monde." Un autre a vu que je boitais, et me demande avec bienveillance ce que j'ai. C'est ça qui manque de me faire pleurer! Mardi, le deuxième cours avec eux est à l'avenant. Comme je me plains en salle des profs, on me dit qu'il y a pire ailleurs... Ici, les profs tiennent le coup "en attendant d'avoir des points".

Jeudi et vendredi, je prends un carnet. "Madame, vous êtes sûre vous voulez me mettre un mot ?" Menace à peine voilée, qui sera réitérée le lendemain. Une exclusion de cours est impossible, l'équipe de "vie scolaire" (surveillants et conseiller d'éducation) est débordée, et on me l'a expressément interdit.


Week-end infernal. Leurs tentatives d'intimidation commencent à fonctionner. Je pense à eux, tout le temps. J'essaie d'imaginer des stratagèmes, je refais des cours, en plus simple, toujours plus simple, des leçons "à trous" pour éviter d'avoir à écrire trop au tableau, car leur tourner le dos est souvent source d'agitation, de jet d'objets.

Le lundi suivant, comme j'attends le silence depuis vingt minutes, mon cours leur manque en bruit de fond. Ils sont gênés. "Madame ça s'fait pas, continuez à parler, vous écoutez pas nos conversations !" Alors que je m'avance dans l'allée pour chercher à capter leur attention, R. s'aperçoit que je boite légèrement. "Ouah elle boite, elle s'est fait enculer ou quoi ?"


J'hésite entre découragement et rage. Je lui demande de répéter. S., peut-être pour détourner l'attention, m'accuse d'avoir peur de R., de faire semblant de ne pas entendre ses réflexions. Je file directement dans le bureau de la principale adjointe. Je fais un rapport. Je ne sais pas jusqu'où ils sont capables d'aller. La principale m'assure que la violence physique contre un prof advient seulement quand le prof est méprisant. J'espère que les élèves sont au courant de cette règle... La principale finit sur cette petite touche d'humour édifiante : "Vous savez, un de nos collègues s'est fait tabasser, il a eu une très bonne mutation."


Une semaine jour pour jour après ma rentrée dans cet établissement, j'en appelle au gouvernement. Il faut agir. Il faut des profs, oui, des profs, mais pas n'importe lesquels, et pas dans n'importe quelles conditions.


Propos recueillis par Maryline Baumard

Publié dans Parlons de l'essentiel

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Rose 21/12/2009 12:31


J'ai toujours trouvé ça horrible quand lesélèves, en cours, profitent de leur grand nombre pour s'attaquer au prof seul qui face à 30 ados ne peut de toute façon rien faire d'autre que menacer d'en
coller certains.
J'me souviens par exemple de ma prof d'allemand de seconde, une jolie blonde qui débarquait tout juste de Berlin avec à peine 100 mots de voc'français. Toute jeune aussi.
Eh bah ils l'ont bouffée.
Dur l'art d'ête prof. Je compatis.


Philémon 21/12/2009 22:30


Oui, sans doute difficile. Les enfants et les ados sont parfois cruels...


Emmanuelle 03/12/2009 08:19


Edifiant, en effet... même si du coup on ne sait pas quelle est la bonne solution... Plus de profs, dans ce cas précis, servirait à quoi? A ce stade, je me demande si ce n'est pas toute une
éducation qui est à reprendre. L'éducation des gosses et de leurs parents tant qu'on y est.


Philémon 03/12/2009 18:30


Je suis pour partie d'accord avec toi, Emma. Mais il faut aussi pointer les carences du système éducatif, qui faute de moyens et de profs ne peut plus jouer son rôle.
Je n'ai jamais été de ceux qui pensent que c'est à l'enseignant d'apprendre les valeurs de vie à mes enfants. Mais quand il y a carence éducative, il faut trouver des remèdes au risque de voir une
minorité entraîner l'ensemble d'une classe d'âge...


Chriss 03/12/2009 03:17


Quand on lit ce texte, on se demande pourquoi la fille elle veut toujours être prof.
Elle fait cela depuis cinq ans, c'est du masochisme !
En même temps si elle ne réussit pas le concours, on peut se demander si elle a les compétences pour enseigner. Excuse moi pour ce raccourci !
Elle s'éclaterait sans doute dans un autre job ! Parce que des élèves comme on les rêve tous, ben justement ils n'existent qu'en rêve ! Ou dans certains bahuts où elle n'aura jamais un poste. Et il
faut bien gérer l'existant. Des histoires comme celles là j'en entends tous les jours.
Et je te rappelle que mon fils unique et préféré fait prof remplaçant aussi cette année. Il pourrait déjà écrire un livre avec toutes les histoires qu'il vit.


Philémon 03/12/2009 18:27


Ben justement, on peut légitimement se poser la question de savoir pourquoi les jeunes sont ainsi face à l'autorité du prof, et pourquoi ils n'ont plus aucune soif d'apprendre ?
Des élèves impertinents, on en a tous eu, moi également, mais de là à adopter une telle attitude, je ne pense pas que cela soit admissible.
Et Dieu sait si je suis loin du vieux con que je pourrais être, vu mon âge ! De mon temps...


Blanche 02/12/2009 22:49


J'ai un témoignage qui ressemble à celui-là d'une amie très chère. Elle est en moyenne section de maternelle et en province !! Un ou deux éléments perturbateurs lui gâchent complètement sa classe.


Philémon 03/12/2009 18:24


Comme dit Emma, qui incriminer ? Le monde éducatif, les parents ?
Pas simple. Mais déjà à la maternelle ?