Envie de grand large...

Publié le par Philémon

Un texte retrouvé sur mon disque dur, écrit pendant le périple de Maud Fontenoy dans les mers du Sud, en écoutant ses vacations radio quotidiennes, quand je vivais entre parenthèses dans mes 8 m² parisiens, ma chambre de bonne avec vue sur la Tour Eiffel...

 

"Quelle poésie dans ces petits rendez-vous quotidien que je ne manquerais pour rien au monde. Instants de plaisir secret que de lire ces petites notes d'espoir venue d'un petit bouchon rouge qui flotte dans le grand sud.

C'est une belle histoire que tu écris pour nous, pauvres albatros les pieds dans la glaise, la tête dans les nuages, pas si bas ici qu'on y coince nos idées folles. Alors on rêve, d'espaces et de surf sur la grande bleue (la grande grise ?).  Après le rayon vert que tu ne nous a pas encore décrit (un peu sud pour ça, non ?), on a droit au rayon mauve, violine, une encre claire dont j'aimais beaucoup noircir (mauvir ?) les pages avec le porte-plume de mon enfance.

Pour imaginer ta chevauchée (est-ce ressemblant ?), cette solitude où tout commence frayeur pour finir langueur et abandon, je me revois sur de hauts plateaux enneigés, du blanc à perte de vue, du vent qui rabat les congères, grandes vagues d'eau figées qui constituent autant d'obstacles à une vie trop rangée. Eh, oui, je suis terrien, moi, mais je me soigne ! Mes seules traversées sont celles entre le Logeo et l'Ile d'Arz, quand je pousse au loin, c'est vers Houat. Alors de te savoir perdue dans cette immensité qui te veille (bienveillante, dit-on ?), je n'en frissonne même pas de crainte, j'en souris juste de connivence, les joues aussi roses que toi, les tiennes mordues par le vent, le froid, parfois l'émotion, les miennes itou, froid, vent et émotion.

Faudra un jour que je conjugue ma passion des embruns, de la rafale établie, parfois du nord comme sur les contreforts du Bougès ou sur le Méjean, au dessus de Florac en Lozère, ou alors du sud chargé de sable jaune, un matin de printemps à Montpellier, parfois d'ouest, nuages bas et enfin plein soleil, à la renverse de marées, Pointe du Raz, Presqu'ile de Rhuys ou Fréhel, et il y a si longtemps d'est, chargé de neige polonaise ou russe, sur l'Eglise du Souvenir à Berlin.

Cardinale des vents, roulis de la vie, je communie avec toi. Après tout, mon 8 m² sous les toits de Paris valent bien ton carré de L'Oréal.  Et au bout de la rue, la grande dame en fer, qui brille et scintille à la nuit, c'est mon mat à moi. Je ne risque pas le démâtage, moi !

Plus que la souffrance jour après jour, les soucis qui s'accumulent, les gestes à reproduire sans cesse, c'est cette poésie que tu nous livre qui m'enivre. Je n'ai pas de crainte pour toi, les filles sont aussi téméraires que les garçons, mais plus opiniâtres, elles savent les choses essentielles, celle qui donnent la vie et la protège. C'est ce qui me fait croire en toi, en ton bouchon rouge qui flotte.

J'ai bouclé mon Rhum, Dominic est arrivé sur le tard, mais après de belles régates. Maintenant, il y a deux personnages (tu ne m'en veux pas de te traiter de personnage, j'ai pas dit personnalité ;-)) à suivre : toi et Bernard, deux routes qui se croiseront peut-être, toi par l'ouest , lui par l'est. Ca va nous faire du travail, à nous autre terriens, d'allumer tous les soirs les lampions pour vous montrer qu'on pense à vous."

Publié dans Parlons de rien

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Aurélie'S LAND 06/08/2011 07:43


Merci de ta visite chez moi.
Je te découvre, je trouve ton texte très poètique pour un albatros !
Avec toi qui veillait sur elle, Maud ne pouvait que réussir.


Philémon 10/08/2011 20:49



Je ne devais pas être le seul à veiller sur elle :D


Merci de tes compliments...



Chriss 04/08/2011 11:47


C'est la vue sur la Tour Eiffel qui t'inspirait ?
Et moi j'assistais sur un voilier au départ de Maud sans savoir qu'à Paris tu suivais son parcours avec intérêt...


Philémon 05/08/2011 11:10



Non, c'était les grands espaces alors que j'étais confiné dans mes 8 m²