Salomé

Publié le par Philémon

Elle s’appelle Salomé. Elle avait, cet été là, à peine quinze ans. Je lui en rendais cinq ou six de plus.

Comment était-elle arrivée dans ce bout du monde, nos Cévennes protestantes, dans cette maison de pierre sèche perdue au bout d’un chemin improbable ? Fille d’un pasteur allemand, connaissance de mon père, qui avait pensé utile de l’envoyer dans une famille française, en totale immersion pendant une petite semaine, afin de perfectionner son français.

Elle arriva donc, un peu intimidée, preuve de sa parfaite éducation, tout en arborant un petit côté effronté du à sa jeunesse.

Que dire et comment expliquer que je pris en charge cette enfant ? Je ne saurais dire si à ce moment il y avait du monde dans la maison, d’habitude peuplée par de nombreux jeunes et moins jeunes, parfois près de 20 personnes. Je crois au contraire, mais ma mémoire est peut-être défaillante, que nous étions peu. Alors, plutôt que de laisser cette jeune fille errer entre mes parents, je la pris sous mon aile.

Il faut dire que si l’endroit ressemble à l’Eden, il faut en avoir le mode d’emploi. De nombreux bancels, ces terrasses en escalier conquises sur la montagne, qui permettaient aux paysans de cultiver un peu de cette terre. Puis, en contrebas, le Gardon (tous les ruisseaux grossissant un jour le Gard s’appellent des Gardons), avec un chemin chevrier pour y descendre, que seul un initié peut trouver. Et des trésors, des chemins creux, des clairières d’herbe tendre, des chênes verts qui ont supporté toute la misère de cette vie spartiate, tellement ils sont tordus…

Et au milieu de ce cadre, cette jeune fille, encore un peu gauche de l’enfance, poussée en graine, pas encore vraiment femme, mais déjà féminine… Une allure prometteuse, liane un peu maigrelette, mais bien vivante.

Comment, de balades en discussions, de baignades en repas, l’intimité se fit ? Je ne saurais dire, mais elle se fit, enfin, plutôt une complicité amicale. Oh, bien sûr, je n’étais pas insensible à la sensualité troublante que dégageait cette jeune fille, à ses longues jambes, ses petits seins de gamine, son sourire tout en retenue.

Nous nous promenions main dans la main, comme deux amoureux que nous n’étions pas encore, que nous ne serions jamais, juste comme deux animaux qui s’étaient trouvés, et qui vivaient un intermède solaire, dans la chaleur étouffante de cet été cévenol.

La veille de son départ, ce fut elle qui sans un bruit, vint se glisser dans mon lit, au milieu de tous les lits qui constituaient le grand dortoir commun de l’étage. La chaleur, sous le toit de lauzes, malgré les murs épais, était étouffante. Je gisais nu, elle se colla à moi, en culotte sage et débardeur. Nous nous chuchotions des mots définitifs, dans une langue improbable, mi allemande, mi française, avant que nos jeux de langues prennent le pas sur les mots.

Elle se coucha sur moi, frêle petite chose, m’enserra de ses cuisses, écrasant ses tétons durs contre mon torse. Je sentais sous mes mains maladroites ses petites fesses dures, son désir humide.

Elle s’endormit dans mes bras, le pouce dans la bouche…

Je regrette parfois encore de ne pas avoir osé lui faire l’amour, cette nuit-là.

Le lendemain, elle était partie.

 

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Macaron 16/12/2008 12:59

Joli talent de conteur, pour une belle histoire !

Philémon 16/12/2008 13:03


Merci, Macaron. Mais le sujet est si frais et émouvant qu'il suffit de laisser aller sa plume.


Lili 16/12/2008 09:28

Philémon si tendre...un doux moment de votre vie qu'il faut garder dans le coeur et dans l'esprit

Philémon 16/12/2008 09:36


Je le sais, Lili, et je m'y emploie.


MamanCélib 15/12/2008 22:43

Un si doux moment qu'on ne peut que garder en soi...

Philémon 15/12/2008 23:05


Jusqu'à la fin de ses jours, c'est sûr


Chriss 15/12/2008 19:35

Joli souvenir, belle émotion...

Philémon 15/12/2008 19:37


Oui, vraiment.


label isa 15/12/2008 19:25

et oui, Philémon ,sans être grivoise, à cet âge on n'a rien d'aute à se mettre dans la bouche que son pouce de jeune fille (sourire).
En tous cas j'apprécie tes qualités de conteur nostalgique.

Philémon 15/12/2008 19:30


Je te rassure, la belle, il aurait suffit de peu pour que cette encore enfant devienne une vraie femme gourmande et volontaire. Mais j'en garde un souvenir ému, sans regrets, ni remords...