La ville

Publié le par Philémon

« Les villes comme les rêves sont faites de désirs et de peurs, même si le fil de leur discours est secret, leurs règles absurdes, leurs perspectives trompeuses ; et toute chose en cache une autre. […] Son secret est dans la façon dont la vue court sur des figures qui se suivent comme dans une partition musicale, où l’on ne peut modifier ou déplacer aucune note. »

« Il existe dans les villes une architecture visible porteuse d'une mémoire "plastique" et identifiable en tant que telle, marquée par le temps, les guerres, les changements. Ce sont toutes les infrastructures qui la caractérisent. Il existe aussi dans les villes une architecture invisible, masquée par les parcours individuels des hommes qui l'ont traversée. À une mémoire collective se mêlent des souvenirs personnels qui la modifient. Car les hommes qui vivent dans les villes sont porteurs de l'une et l'autre mémoire. En somme, ils inscrivent à travers leur parcours quotidien des signes invisibles qui finissent par modifier physiquement l'architecture de la ville elle-même. C'est par le regard qu'ils posent sur elle que la ville peu à peu se transforme et se construit. »

Je crois qu'Italo Calvino résume parfaitement mon sentiment que la ville n'est aussi que ce que l'on y voit, et la manière dont on l'appréhende.

Et j'ai toujours trouvé, depuis une vingtaine d'années où j'ai lu ce livre, une forte communion dans le description d'Ersilie, dans les Villes Invisibles du même auteur, avec notre société de communication, et ce besoin à la fois de virtualité, mais aussi de réalité, de "marquage" de sa fratrie.

« A Ersilie, pour établir les rapports qui régissent la vie de la ville, les habitants tendent des fils qui joignent les angles des maisons, blancs, ou noirs, ou gris, ou blancs et noirs, selon qu’ils signalent des relations de parenté, d’échange, d’autorité, de délégation. Quand les fils sont devenus tellement nombreux qu’on ne peut plus passer au travers, les habitants s’en vont : les maisons sont démontées, il ne reste plus que les fils et leurs supports (…) Ils réédifient Ersilie ailleurs. »

Nous sommes tous des habitants d'Ersilie, nous avons besoin de tisser des fils entre nous.

 

 
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Amélie 04/11/2008 11:03

ce livre est tout simplement magique, il permet de voyager dans notre imaginaire personnel...et dans l'imaginaire collectif...

Philémon 04/11/2008 11:08


Et il permet de se retrouver d'une manière encore plus troublante dans une communion d'esprit.


bellelurette 29/10/2008 23:51

Ben oui, hein, il suffit de claquer des doigts !

Philémon 30/10/2008 00:00


Comme tu dis, il suffit...


bellelurette 29/10/2008 23:35

Je suis arrivée à Montpel en 78 alors je te fais un récap de mes migrations :
- la paillade (quelques mois)
- la martelle (quelques années)
- Castelnau (quelques années)
- SDF alors logée ici ou là chez des amis !! (quelques années) et surtout dans Boutonnet
- ICI !!! Mais je ne me sens pas bien ici, à part le bord du Lez, je m'y ennuie...

Philémon 29/10/2008 23:41


Ben remonte vers le nord de la ville...


bellelurette 29/10/2008 22:55

Et bien avant d'atterrir ici, j'habitais Boutonnet, le premier faubourg de l'écusson, ce village dans la ville, où tout le monde se connait, ce quartier qui a vraiment une âme (comme les Arceaux aussi), et tu penses bien que je suis très nostalgique d'avoir dû migrer... A chaque fois que j'y retourne, je m'y sens si bien... et je tombe toujours sur quelqu'un que je connais. Ici aussi, je connais plein de monde, mais c'est pas pareil, il n'y a pas ce réseau que l'on tisse au fil de dizaines, vingtaines, trentaines... d'années. Je n'insiste pas, je sais que tu comprends.
A part ça, je suis contente car j'ai réussi à comprendre pourquoi je ne réussissais pas à écouter tes musiques ce soir : "Vider le cache ma fille, il te faut vider le cache" et hop !!!

Philémon 29/10/2008 23:18


Ben vide le cache, alors ! Parce que y a du lourd et aussi du léger, dans ma musique.
Boutonnet, j'y ai vécu dans le bas entre 79 et 81, puis je suis remonté vers l'Ecole Normale et enfin au Plan des 4 Seigneurs.
J'ai beaucoup aimé ce quartier, un vrai village, comme tous les faubourgs.


bellelurette 29/10/2008 22:17

Sais-tu que j'habite à Montpellier ?
Et j'ai souvent un sentiment étrange puisque j'habite dans le nouveau quartier de Richter, là où il y avait le stade de foot, les puces, où les pink floyd sont passés... maintenant, c'est une zone avec facs, logements pour riches, pauvres, étudiants.. une espèce de paté grouillante de vie et pourtant sans âme, enserrée entre la route de la mer et le Lez. La future mairie est en construction, à deux pas et les immeubles n'en finissent plus de fleurir... Et pourtant il suffit de marcher quelques centaines de mètres pour se retrouver dans des petites rues avec de belles maisons en pierre..

Philémon 29/10/2008 22:29


Tu penses bien que j'ai déviné la montpelliéraine aux nombreuses photos de ton blog. Je connais bien ce coin de Richter, bien que ma vie à Montpellier se soit plutôt passée vers le nord, Boutonnet,
Plan des 4 Seigneurs et enfin Montferrier sur Lez...
J'ai vécu la transformation de la ville, et sa migration vers le sud. Mais je reste nostalgique du centre ville, là où j'avais mon atelier, et des faubourgs populaires.
Belle ville dont je garde de très bons souvenirs.